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Nom du blog :
cinephil
Description du blog :
Recueil de textes universitaires sur différents thèmes reliés à l'univers du cinéma.
Catégorie :
Blog Cinéma
Date de création :
16.01.2008
Dernière mise à jour :
22.04.2008
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Critiques

Citizen Dog (Thailande)

Posté le 16.03.2008 par cinephil
Par Philippe Beauregard

Prétendre écrire un texte qui serait à la hauteur d'un film comme Citizen Dog relèverait de la pire imposture de ma part. J'irai donc d'un texte suivant ma formule traditionnelle, que j'étirerai un peu, tentant le plus humblement possible de décrire avec à la fois fidélité et subjectivité toutes les merveilles que ce film a à offrir.

Pour n'en rien cacher, Citizen Dog fut pour moi une grande révélation. Je me présente dans un club vidéo répertoire bien connu sur Mont Royal, je choisis par pur hasard le premier film qui me tombe sous la main sur l'étagère "Asie" et je m'assois chez moi pour visionner l'un des plus grands orgasmes cinématographiques qui m'aient jamais été donné de voir.

Pourtant, l'histoire et le scénario n'ont rien de plus classique. Pod, jeune homme de la campagne thaïlandaise, déménage à Bangkok pour y découvrir un nouveau rythme de vie au travers les différents emplois qu'il y pratique, et tombe amoureux d'une jolie femme de ménage obsessive/compulsive qui milite pour l'environnement et traîne avec elle un mystérieux livre tout blanc écrit dans une langue étrangère. Le film est majoritairement narré par une voix off qui commente l’action et miné de quelques dialogues sporadiques. Un film qui semble, donc, à première vue, être des plus ordinaires. Pourquoi un tel engouement direz-vous alors ?

Premièrement, il faut mentionner que j'aime les comédies, il s'agit de mon genre par prédilection, et j'ai aussi un faible pour tout ce qui est très rythmique et coloré. Je fus donc servi. Citizen Dog est aussi coloré qu'une boite de Prismacolors et aussi sucré qu'une montagne de Smarties. L'attention accordée à la couleur relève de la pure mégalomanie, la direction artistique est impeccable et la personne qui en était en charge était probablement aussi obsessive/compulsive que le personnage de Jin. Le choix des couleurs primaires plongent le spectateur dans un univers enfantin et propose de voir le film avec le même émerveillement qu’un enfant qui découvre son environnement. Citizen Dog à d'ailleurs reçu le prix des Meilleurs effets visuels au Thailand National Film Association Awards en 2005 et le prix Lotus de la Critique Internationale au 8ème Festival du Film Asiatique de Deauville en 2006.

Puis, une réalisation à couper le souffle. Du burlesque de Charlie Chaplin à l'humour noir de Peter Jackson, Citizen Dog semble rendre hommage à plusieurs grands réalisateurs et courants de l'histoire du cinéma. L'abondance de mouvements lancinants d'appareil me donna l’impression que Wisit Sasanatieng réalisa son film en en lui faisant tendrement l'amour, comme s’il s’agissait de la femme de sa vie. Il n'est d'ailleurs pas inintéressant de mentionner que le scénario est tiré du livre au même titre dont l'auteure est nulle autre que la petite amie de Sasanatieng.

Le film se veut très musical et le spectateur est d'emblée informé du surréalisme qui envahira cette production lorsque dès le générique du début, les personnages se mettent tous à chanter en regardant la caméra, rendant aussi hommage à quelques comédies musicales thaïlandaises des années 50, que Sasanatieng avait déjà revisitées dans ses films précédents. L'acteur principal lui-même est d'ailleurs un chanteur populaire en Thaïlande et il s'agit de son premier rôle au grand écran. Et le monde diégétique sans dessus dessous dans lequel son personnage évolue est aussi chaotique et incompréhensible que peuvent parfois le sembler les grandes métropoles techno-industrielles du 21ème siècle.

En effet, Pod rencontrera à Bangkok une variété complètement éclatée de personnages tous plus absurdes les uns que les autres ; Yod le "finger buddy", Tik, l'amnésique qui lèche tout, un ourson en peluche ivrogne, une fillette hystérique qui se prend pour une femme, et j'en passe. Tous se rejoignent dans des récits complètement détraqués dans lesquels se côtoient parfois animation et prises de vues réelles, de la même façon que l'univers des rêves côtoie la réalité dans ce film qui peut proposer un discours sur la recherche d'une vie meilleure à travers les moments de joie et de tristesse qui surviennent inévitablement dans la vie de tous les jours.

Pour conclure, Citizen Dog est selon moi un immanquable chef d’œuvre de notre siècle, du grand art qui emmène aussi à poser un double regard, positif et négatif, sur les grandes métropoles et leurs promesses de réussite sociales, de rêves parfois déçus, du plaisir qu'elles offrent autant que de la pollution qu'elles occasionnent. Citizen Dog est à placer en tête de liste des prochains films que vous souhaitez louer, si vous en avez marre des productions abrutissantes qui envahissent les salles. Plaisir garanti, c'est tout à fait le genre de film qu'on souhaite qu'il ait duré plus longtemps lorsque arrive la fin.



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The Fountain (USA)

Posté le 16.01.2008 par cinephil
Université de Montréal
6 Décembre 2006
Par Philippe Beauregard

La vie qui jaillit
Rafraîchissant, c’est le moins qu’on puisse dire. Comme pour le voyageur qui, en pleine traversée du désert, trouverait un puits, une source. S’y désaltèrerait, enfin. Comme en pleine jungle urbaine, une fontaine d’où giclerait la vie. À ces mots, je sais ce que vous pensez. D’ailleurs, le rapprochement est plutôt mince, je l’admets ; comme une bonne baise, un grand orgasme bien mérité, longtemps attendu. Et j’exagère un peu. Il ne s’agit pas d’un film porno, bien entendu, mais d’une œuvre bien plus grande, bien plus intelligente. La cadette d’un réalisateur qui, je l’espère bien, n’a pas fini de nous en mettre plein les yeux, pour ne pas dire plein la face, à tous ceux-là qui ont soif de Cinéma.

Comme l’oasis au milieu du désert, le soleil en plein néant, Darren Aronofsy apparaît tel un cinéaste dans la foulée des faiseurs de films. La comparaison est un peu forte, d’accord et il existe actuellement beaucoup de bons cinéastes. Mais, pour reprendre les mots d’un grand critique français, Serge Daney, les bons cinéastes ont plusieurs idées, les mauvais n’en ont aucune. Quant aux grands cinéastes, ils n’en ont qu’une seule. Aronofsky habite, sans aucun doute, la troisième catégorie. Il s’est dessiné depuis les années 90 une filmographie certes relativement courte mais pourtant imposante, brillante d’une splendeur cinématographique à faire baver les cinéphiles, à rendre jaloux les cinéastes. Trois films, pour ne compter que ceux qui ont joui d’un certain succès commercial, trois films a priori bien différents les uns des autres. Mais une idée, une seule, qui traverse toute cette œuvre, qui signe chacun de ces films, une récurrence qui apparaît comme un seul fil avec lequel on aurait cousu un éparse patchwork. Aronofsky se fait cinéaste de l’action. Ou, pour éviter toute confusion dans les genres, devrais-je dire cinéaste des actions. On le reconnaît à son souci du détail, à des films parsemés d’autant d’inserts que le ciel ne compte d’étoiles, à une surabondance quasi obsessive de très gros plans sur des actions précises, des objets choisis, de la matière en cours d’utilisation. Les personnages qu’il met en scène ne sont jamais les plus travaillés d’un point de vue psychologique. Mais toujours ils poursuivent un idéal, ils ont une quête, un but à atteindre qui sert de support à la ligne narratrice et qui justifie une série interminable d’actions qui font évoluer l’histoire. Et ces actions passent en premier plan, semblent être la préoccupation première de la mise en scène, d’un film à l’autre. Qu’il s’agisse de calculs mathématiques, de manipulation de drogues diverses ou encore d’opération chirurgicale à crane ouvert, tout est donné à voir avec une précision microscopique, donnant l’impression au spectateur d’être présent dans la diégèse, d’observer les protagonistes dans les moindres de leurs faits et gestes. Pourtant, cette obsession de détailler ainsi chaque action n’opère jamais de manière délibérée. Comme le dit le célèbre dicton, la fin justifie les moyens et ces actions entreprises le sont toujours en vue d’une fin, d’un objectif à atteindre qui se résume en cette quête, cet idéal qui est poursuivi et qui, dans la plupart des cas, n’est pas atteint. Cet idéal est à son tour semblable d’un personnage à l’autre, d’un film à l’autre. On peut le comparer, par influence psychanalytique, à la recherche de l’orgasme, la quête du mieux-être, de l’absolu. Les personnages d’Aronofsky tendent les bras au ciel mais sont contraints par la loi de la gravité, recherchent par des moyens terrestres l’état divin, à l’image de l’arbre de vie – et de tout autre arbre, on en convient – qui se nourrit dans la terre et s’étire vers la lumière de laquelle il puise son énergie mais sans jamais vraiment rejoindre le ciel. Dans Pi, c’est la recherche d’une explication à la vie et à dieu par des calculs mathématiques qui mènent à la folie. Dans Requiem For A Dream, la quête de l’extase physique qui mène à la déchéance. Puis, dans The Fountain, la recherche de la vie éternelle qui mène, inévitablement, à la mort.

The Fountain est un film présentant trois récits qui racontent, somme toutes, la même histoire et dans lesquels évoluent les même personnages, principalement celui de Tommy. L’un épique, l’autre moderne et rationnel puis, un troisième qui est plus de l’ordre de l’imaginaire, du fantastique, ces trois récits font l’objet d’une foison d’interprétations. La plupart ont parlé de trois temporalités distinctes, avançant que le premier récit fait référence au passé, le second au présent et le tierce au futur. Cette théorie est valable et si elle fait beaucoup de sens, je ne crois pas pour autant qu’elle soit suffisante. Je crois qu’il y aurait un autre lien à établir entre ces récits, un lien plus spirituel. Je m’explique. The Fountain est, à l’intérieur du film, le titre d’un roman à compléter, celui-là manuscrit à la plume de Izzy, l’amie de cœur de Tommy, interprétée par l’excellente Rachel Weisz qui est, question de potiner un peu, nulle autre que la fiancée de Darren Aronofsky. Mais revenons à nos moutons. Le premier récit, celui associé au passé, est en fait l’histoire que raconte ce roman, un pastiche de la quête à la fontaine de jouvence qui donne la vie éternelle à qui s’y abreuve, dans laquelle Izzy met en scène son amant dans un univers épique. Il ne s’agirait donc pas d’une temporalité « passé » par rapport au récit principal, mais plutôt d’une fiction dans la fiction. Aussi, cette histoire renvoie directement au second récit, celui associé à la temporalité actuelle, dans lequel Tommy, un prestigieux chercheur en neurobiologie, tente de découvrir un remède contre la mort, qu’il croit être une maladie. Enfin, le plus ambigu des trois récits, le plus impressionnant aussi, est le troisième. Ce dernier, plus onirique, prend lieu dans ce qui à toutes les apparences d’une bulle de savon sillonnant le cosmos et qui abrite un arbre de vie et un homme, Tommy, qui est constamment en état de méditation profonde. Ce récit serait comme un second niveau de la temporalité présente du récit principal, une sorte de métaphore de l’esprit de tommy, une mise en scène de son corps astral. Cette troisième partie renvoierait donc à un autre niveau de conscience du personnage principal plutôt que de référer à une temporalité distincte. Les images de ce troisième récit sont à couper le souffle, scintillantes d’une beauté fantasmatique. Il n’est pas inintéressant de mentionner que l’arrière plan spatial dans lequel flotte cette bulle spirituelle, au contraire de ce qu’on pourrait croire, n’est pas le résultat d’une création numérique d’animation 3D. Il s’agit plutôt d’un très gros plan sur un petit contenant de verre dans lequel les créateurs provoquent des réactions chimiques par l’amalgame de différents produits. Le résultat est grandiose, unique. D’ailleurs, tous les choix de mise en scène semblent reposer sur un désir de rendre le tout doux pour l’œil, de proposer des formes et des couleurs qu’on regarde absorbés dans la même fascination sensuelle avec laquelle le lunatique scrute les astres. À ces images gracieuses et à ces prestigieuses histoires d’amour, de vie et de mort s’additionne une trame sonore et musicale d’un tendre psychédélisme qui ne laisse d’autre choix que de se laisser bercer par un film aussi chaleureux, complet et original.

Certes il ne s’agit pas d’un film facile d’approche et plusieurs voudront sans doute le voir plus d’une fois avant d’en tirer quoi que ce soit. C’est le résultat d’une complexe convergence de forces, d’un impressionnant travail intellectuel, spirituel et artistique. On l’aime ou on ne l’aime pas, on le choisit ou le met de côté, mais on ne l’oublie pas. Comme en amour, il se peut qu’après une bonne baise on se dise que après tout, on en à connu des meilleures. De la même façon, The Fountain n’est peut-être pas le meilleur film, du moins pas le plus divertissant, mais il séduit et l’orgasme est atteint. Il propose des réflexions aussi et Aronofsky prend un malin plaisir à nous rappeler qu’à voir le monde à l’envers, on s’en fait une toute autre perception. Aborder un thème aussi complexe que la vie ne peut que donner un résultat complexe, voire incompréhensible. Mais la vie ne demande pas à être comprise, seulement à être vécue. À voir.

Congorama (Québec)

Posté le 16.01.2008 par cinephil
Université de Montréal
8 novembre 2006
Par Philippe Beauregard

Déjà avec son premier long métrage, La Moitié Gauche Du Frigo, le réalisateur émergeant Philippe Falardeau proposait un film original sur le plan formel et admirablement chargé d’un contenu actuel et adapté. Il va donc sans dire que Congorama suscitait nombre d’attentes de la part des spectateurs avisés qui, connaissant le réalisateur, anticipaient un film humoristique qui soulèverait sans doute quelques questions d’ordre politique ou social. Ceux-là ne furent pas déçus. Quant aux autres, ceux qui n’attendaient rien de plus qu’un divertissement au cinéma, on les entend, au sortir des salles, justifier leur déception d’une remarque aussi universelle qu’insignifiante ; « il y avait des longueurs ». Sans doute ces derniers sont-ils simplement confus devant une œuvre aussi complète et intelligente.
La confusion, on ne peut pas dire qu’elle manque à l’appel dans Congorama. Elle se présente dès la première seconde ; sans ne donner aucun repère spatial ou temporel, le film commence sur la mention « deux ans plus tôt », laissant aussitôt le spectateur abasourdi . Mais pensons d’abord au titre. Que désigne-t-il. Il s’agit en fait d’un jeu de mot référant à conforama, qui évoque le confort chez soi. Congorama est aussi le titre d’un roman qui raconte l’histoire d’un voyage au Congo, pays ayant du mal à se définir parce qu’investi de colonies françaises et belges. Confort chez soi disais-je ? Quel chez soi ? L’histoire proposée est celle d’un ingénieur belge, marié à une congolaise, apprenant à l’âge de 40 ans qu’il a été adopté et qu’il est véritablement né au Québec. Il saisit l’occasion d’un voyage d’affaires à Montréal pour partir à la recherche de ses origines. La nature même de cette histoire ramène aussitôt à un thème récurent de la littérature québécoise post-moderne, celui de la quête identitaire. En observant de plus près, on se rend vite compte que cette quête ne touche pas que le récit de Congorama mais affecte aussi la plupart des personnages de cette confusion entourant leurs origines. Plus précisément, leurs origines paternelles. L’un cherche à connaître son père véritable. L’autre se demande pourquoi la peau de papa n’est-elle pas de la même couleur que la sienne. Qui suis-je, d’où viens-je, voilà les questions qu’aborde Congorama. Et s’il y avait là un discours nationaliste ? Après tout, la Belgique et le Congo ne sont certainement pas des choix délibérés de mise en scène. Ils sont des pays dont le conflit politique est, à l’instar du Québec, basé sur des questions de division linguistique et territoriale. Ils sont des pays à la recherche de leur identité véritable. Il y a pour ainsi dire, dans Congorama, une homogénéisation thématique qui transparaît aussi dans la forme.
En effet, certains choix formels viennent renforcer cette idée de confusion omniprésente. Les magnifiques images d’André Turpin, qui assure la direction photo, ont pour récurrence de concentrer la mise au point sur les personnages qui se détachent ainsi d’un arrière plan flou. Cette tendance semble appuyer le fait que ces individus qui nous sont présentés sont sans points de repères, tout comme le spectateur qui n’arrive pas toujours à bien les situer dans l’espace. Confusion aussi dans la forme plus ou moins linéaire du film. Sur ce point, Falardeau se dit inspiré d’un film de Woody Allen, Match Point, qui se divise en deux parties distinctes. Les événements de la première partie semblent brouillés mais prennent tout leur sens dans la seconde, qui restitue le casse tête. Congorama reprend cette idée de construction en plusieurs parties qui se complètent mutuellement par l’entremise du même récit vécu par deux personnages différents. Il ajoute enfin une troisième partie qui présente le bout de chemin que ces deux protagonistes devront inévitablement parcourir ensemble et propose un discours sur la coopération.
Congorama est encore une fois une œuvre chargée, culturelle et intellectuelle, qui ne manque pas de divertir, même si ce n’était pas là le but premier du réalisateur. Les débats qu’il suggère sur la question identitaire et nationaliste, sur l’idée de coopération et sur l’importance d’un renouvellement de l’industrie automobile en font un film profondément actuel qui s’inscrit à merveille dans une époque où on ne peut que rester confus devant l’absurdité du monde.

Sweet Smell of Success (USA)

Posté le 16.01.2008 par cinephil
Université de Montréal
Par Philippe Beauregard

Visionner de vieux films datés de quelques décennies peut devenir une activité fort intéressante lorsqu’on s’intéresse à la pertinence des thèmes exploités en lien avec leur époque. Il arrive parfois qu’on soit surpris par le degré d’actualité que conserve le discours d’un film datant, le cas échéant, de la fin des années 50. Dans Sweet Smell Of Success, 1957, d’Alexander Mackendrick, le thème principal est celui de la compétition et de la corruption dans le milieu de la presse écrite. Il est intéressant lors du visionnage de tels films – je pense aussi à d’autres comme Citizen Kane d’Orson Welles ou, à plus courte échelle, Network de Sidney Lumet– de constater combien les médiums ont changé depuis mais les enjeux sont restés sensiblement les mêmes. Je veux dire que l’industrie de l’information, autrefois active principalement via la presse écrite et la radio, était autant affectée alors par les lois de la vente et la compétition du marché, forçant l’utilisation de techniques moins orthodoxes telles que le sensationnalisme et la corruption, que ne l’est aujourd’hui cette même industrie qui englobe aussi les nouveaux médiums électronique, soit la télévision et Internet.

En visionnant Sweet Smell Of Success, on à l’impression d’assister à un jeu ; le jeu de quelques personnalités médiatiques et artistiques qui s’amusent à se construire et à se détruire mutuellement dans l’immaturité infantile qu’oblige la pression du succès, de la vente, de la concurrence. La mise en scène propose d’entrée de jeu la notion que l’information n’est après tout qu’un bien de consommation immédiat et non durable ; tu payes, tu lis et puis tu jette aux poubelles. Les protagonistes sont quant à eux pour la majorité des loups aux dents longues à la recherche constante de l’opportunité journalistique, ils sont prêts à tout pour obtenir la reconnaissance du milieu, le lectorat, la réussite enfin. S’ils sont évidemment caricaturés par la fiction cinématographique, reste qu’ils représentent du moins de manière dépeinte la réalité d’individus évoluant dans le domaine médiatique, domaine qui répond à la loi de la jungle. Les plus forts font les règles et les plus faibles leur mangent dans la main, sinon sont mangés.
Mais il serait à tord d’affirmer que ce film ne s’intéresse qu’à dépeindre le portrait de ces quelques individus. Il propose aussi de constater à quel point ces individus sont aussi des humains, qu’ils ont une croûte à gagner et que leurs choix, souvent immoraux, leurs sont plus ou moins dictés par les lois intrinsèques de la concurrence journalistique.

Mackendrick semble aussi vouloir exprimer, par l’entremise d’un personnage mieux placé dans l’industrie, personnage immature qui n’est pas sans rappeler une sorte de « godfather », que le succès monte à la tête et que c’est souvent par excès de confiance en soi qu’un commet des erreurs irréparables. Ce personnage montre aussi qu’avec un brin de pouvoir médiatique, il est simple de faire croire quoi que ce soit à un lectorat spongieux et naïf, désireux d’être « informé », même quand la raison pour ce faire n’est que de servir ses intérêts les plus personnels.

Sommes toutes, Sweet Smell Of Success, par l’entremise d’une fiction divertissante, avise les spectateurs ; “faites attention, dit-il, et ne soyez pas dupes”. Ce qui est à plaindre, aujourd’hui encore, c’est que nombre de spectateurs, moins avisés, n’y verront que fiction et divertissement.

Cheech (Québec)

Posté le 16.01.2008 par cinephil
Université de Montréal
18 octobre 2006
Par Philippe Beauregard

Si la bande annonce et l’affiche du film laissaient présager un suspense comique aux aspects séduisants, le film rappelle, quant à lui, un retour au temps du cinéma québécois se cherchant une identité dans l’imitation pauvre de thrillers hollywoodiens. Un cinéma qui tente de reproduire, avec les moyens du bord, d’ennuyeux clichés surannés. Nullement séduisant, Cheech est un film à prétention mafieuse aussi savoureux qu’un potage au navet.
Y sont mis en scène un proxénète malheureux et son bras droit maladroit, une putain qui en a marre de vivre et son client qui n’en peu plus d’attendre, des personnages pathétiques qui souffrent tous, ou presque, d’un fâcheux manque de crédibilité. Le réalisateur de séries télévisées, Patrick Sauvé, à choisi pour la réalisation de son premier long métrage, l’adaptation d’une pièce de théâtre ayant connu un certain succès. Conservant, à quelques exceptions près, la distribution originale, il modifie un peu la chronologie et les dialogues pour rendre le tout plus approprié au cinéma ; une formule simple quoi ! Trop simple. Les situations auxquelles assiste le spectateur manquent souvent d’intérêt et donnent parfois l’impression qu’on a simplement disposé quelques caméras sur la scène de théâtre. La réalisation, plutôt ordinaire, ne laisse pas entrevoir un grand souci d’innovation formelle.
Il serait pourtant injuste d’affirmer que ce film n’a que des défauts. Il ne manque certainement pas d’éléments comiques, cependant, ceux-ci ne font pas le poids contre des clichés mal rendus tels que « voici les destin de plusieurs personnages qui vont entrer en collision » ou encore « quel scandale, tout ça arrive dans la même journée », sans oublier une fin à la « je suis ton père ». L’équipe de réalisation se justifie de la mauvaise critique en affirmant qu’il ne s’agit pas d’un film facile par son côté marginal et tragique. Je répondrais que Requiem For A Dream n’était pas non plus un film facile.
Malheureusement, Cheech ne témoigne pas de l’évolution spectaculaire que connais actuellement le cinéma québécois. Il n’y a aucun doute quant au grand potentiel du récit qui fut simplement mal exploité. Le scénariste, François Létourneau, explique qu’il voulait donner une forme linéaire à la version filmique du scénario vu que la configuration casse-tête est déjà très utilisée en cinéma. Un tel énoncé peut paraître irréfléchi pour un film qui semble prendre source dans les déjà-vus. Peut-être aurait-il été plus intéressant de conserver la déconstruction chronologique originale de la pièce de théâtre.


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