Critiques
Publié le 16/01/2008 à 12:00 par cinephil
Université de Montréal
8 novembre 2006
Par Philippe Beauregard
Déjà avec son premier long métrage, La Moitié Gauche Du Frigo, le réalisateur émergeant Philippe Falardeau proposait un film original sur le plan formel et admirablement chargé d’un contenu actuel et adapté. Il va donc sans dire que Congorama suscitait nombre d’attentes de la part des spectateurs avisés qui, connaissant le réalisateur, anticipaient un film humoristique qui soulèverait sans doute quelques questions d’ordre politique ou social. Ceux-là ne furent pas déçus. Quant aux autres, ceux qui n’attendaient rien de plus qu’un divertissement au cinéma, on les entend, au sortir des salles, justifier leur déception d’une remarque aussi universelle qu’insignifiante ; « il y avait des longueurs ». Sans doute ces derniers sont-ils simplement confus devant une œuvre aussi complète et intelligente.
La confusion, on ne peut pas dire qu’elle manque à l’appel dans Congorama. Elle se présente dès la première seconde ; sans ne donner aucun repère spatial ou temporel, le film commence sur la mention « deux ans plus tôt », laissant aussitôt le spectateur abasourdi . Mais pensons d’abord au titre. Que désigne-t-il. Il s’agit en fait d’un jeu de mot référant à conforama, qui évoque le confort chez soi. Congorama est aussi le titre d’un roman qui raconte l’histoire d’un voyage au Congo, pays ayant du mal à se définir parce qu’investi de colonies françaises et belges. Confort chez soi disais-je ? Quel chez soi ? L’histoire proposée est celle d’un ingénieur belge, marié à une congolaise, apprenant à l’âge de 40 ans qu’il a été adopté et qu’il est véritablement né au Québec. Il saisit l’occasion d’un voyage d’affaires à Montréal pour partir à la recherche de ses origines. La nature même de cette histoire ramène aussitôt à un thème récurent de la littérature québécoise post-moderne, celui de la quête identitaire. En observant de plus près, on se rend vite compte que cette quête ne touche pas que le récit de Congorama mais affecte aussi la plupart des personnages de cette confusion entourant leurs origines. Plus précisément, leurs origines paternelles. L’un cherche à connaître son père véritable. L’autre se demande pourquoi la peau de papa n’est-elle pas de la même couleur que la sienne. Qui suis-je, d’où viens-je, voilà les questions qu’aborde Congorama. Et s’il y avait là un discours nationaliste ? Après tout, la Belgique et le Congo ne sont certainement pas des choix délibérés de mise en scène. Ils sont des pays dont le conflit politique est, à l’instar du Québec, basé sur des questions de division linguistique et territoriale. Ils sont des pays à la recherche de leur identité véritable. Il y a pour ainsi dire, dans Congorama, une homogénéisation thématique qui transparaît aussi dans la forme.
En effet, certains choix formels viennent renforcer cette idée de confusion omniprésente. Les magnifiques images d’André Turpin, qui assure la direction photo, ont pour récurrence de concentrer la mise au point sur les personnages qui se détachent ainsi d’un arrière plan flou. Cette tendance semble appuyer le fait que ces individus qui nous sont présentés sont sans points de repères, tout comme le spectateur qui n’arrive pas toujours à bien les situer dans l’espace. Confusion aussi dans la forme plus ou moins linéaire du film. Sur ce point, Falardeau se dit inspiré d’un film de Woody Allen, Match Point, qui se divise en deux parties distinctes. Les événements de la première partie semblent brouillés mais prennent tout leur sens dans la seconde, qui restitue le casse tête. Congorama reprend cette idée de construction en plusieurs parties qui se complètent mutuellement par l’entremise du même récit vécu par deux personnages différents. Il ajoute enfin une troisième partie qui présente le bout de chemin que ces deux protagonistes devront inévitablement parcourir ensemble et propose un discours sur la coopération.
Congorama est encore une fois une œuvre chargée, culturelle et intellectuelle, qui ne manque pas de divertir, même si ce n’était pas là le but premier du réalisateur. Les débats qu’il suggère sur la question identitaire et nationaliste, sur l’idée de coopération et sur l’importance d’un renouvellement de l’industrie automobile en font un film profondément actuel qui s’inscrit à merveille dans une époque où on ne peut que rester confus devant l’absurdité du monde.
Publié le 16/01/2008 à 12:00 par cinephil
Université de Montréal
Par Philippe Beauregard
Visionner de vieux films datés de quelques décennies peut devenir une activité fort intéressante lorsqu’on s’intéresse à la pertinence des thèmes exploités en lien avec leur époque. Il arrive parfois qu’on soit surpris par le degré d’actualité que conserve le discours d’un film datant, le cas échéant, de la fin des années 50. Dans Sweet Smell Of Success, 1957, d’Alexander Mackendrick, le thème principal est celui de la compétition et de la corruption dans le milieu de la presse écrite. Il est intéressant lors du visionnage de tels films – je pense aussi à d’autres comme Citizen Kane d’Orson Welles ou, à plus courte échelle, Network de Sidney Lumet– de constater combien les médiums ont changé depuis mais les enjeux sont restés sensiblement les mêmes. Je veux dire que l’industrie de l’information, autrefois active principalement via la presse écrite et la radio, était autant affectée alors par les lois de la vente et la compétition du marché, forçant l’utilisation de techniques moins orthodoxes telles que le sensationnalisme et la corruption, que ne l’est aujourd’hui cette même industrie qui englobe aussi les nouveaux médiums électronique, soit la télévision et Internet.
En visionnant Sweet Smell Of Success, on à l’impression d’assister à un jeu ; le jeu de quelques personnalités médiatiques et artistiques qui s’amusent à se construire et à se détruire mutuellement dans l’immaturité infantile qu’oblige la pression du succès, de la vente, de la concurrence. La mise en scène propose d’entrée de jeu la notion que l’information n’est après tout qu’un bien de consommation immédiat et non durable ; tu payes, tu lis et puis tu jette aux poubelles. Les protagonistes sont quant à eux pour la majorité des loups aux dents longues à la recherche constante de l’opportunité journalistique, ils sont prêts à tout pour obtenir la reconnaissance du milieu, le lectorat, la réussite enfin. S’ils sont évidemment caricaturés par la fiction cinématographique, reste qu’ils représentent du moins de manière dépeinte la réalité d’individus évoluant dans le domaine médiatique, domaine qui répond à la loi de la jungle. Les plus forts font les règles et les plus faibles leur mangent dans la main, sinon sont mangés.
Mais il serait à tord d’affirmer que ce film ne s’intéresse qu’à dépeindre le portrait de ces quelques individus. Il propose aussi de constater à quel point ces individus sont aussi des humains, qu’ils ont une croûte à gagner et que leurs choix, souvent immoraux, leurs sont plus ou moins dictés par les lois intrinsèques de la concurrence journalistique.
Mackendrick semble aussi vouloir exprimer, par l’entremise d’un personnage mieux placé dans l’industrie, personnage immature qui n’est pas sans rappeler une sorte de « godfather », que le succès monte à la tête et que c’est souvent par excès de confiance en soi qu’un commet des erreurs irréparables. Ce personnage montre aussi qu’avec un brin de pouvoir médiatique, il est simple de faire croire quoi que ce soit à un lectorat spongieux et naïf, désireux d’être « informé », même quand la raison pour ce faire n’est que de servir ses intérêts les plus personnels.
Sommes toutes, Sweet Smell Of Success, par l’entremise d’une fiction divertissante, avise les spectateurs ; “faites attention, dit-il, et ne soyez pas dupes”. Ce qui est à plaindre, aujourd’hui encore, c’est que nombre de spectateurs, moins avisés, n’y verront que fiction et divertissement.
Publié le 16/01/2008 à 12:00 par cinephil
Université de Montréal
18 octobre 2006
Par Philippe Beauregard
Si la bande annonce et l’affiche du film laissaient présager un suspense comique aux aspects séduisants, le film rappelle, quant à lui, un retour au temps du cinéma québécois se cherchant une identité dans l’imitation pauvre de thrillers hollywoodiens. Un cinéma qui tente de reproduire, avec les moyens du bord, d’ennuyeux clichés surannés. Nullement séduisant, Cheech est un film à prétention mafieuse aussi savoureux qu’un potage au navet.
Y sont mis en scène un proxénète malheureux et son bras droit maladroit, une putain qui en a marre de vivre et son client qui n’en peu plus d’attendre, des personnages pathétiques qui souffrent tous, ou presque, d’un fâcheux manque de crédibilité. Le réalisateur de séries télévisées, Patrick Sauvé, à choisi pour la réalisation de son premier long métrage, l’adaptation d’une pièce de théâtre ayant connu un certain succès. Conservant, à quelques exceptions près, la distribution originale, il modifie un peu la chronologie et les dialogues pour rendre le tout plus approprié au cinéma ; une formule simple quoi ! Trop simple. Les situations auxquelles assiste le spectateur manquent souvent d’intérêt et donnent parfois l’impression qu’on a simplement disposé quelques caméras sur la scène de théâtre. La réalisation, plutôt ordinaire, ne laisse pas entrevoir un grand souci d’innovation formelle.
Il serait pourtant injuste d’affirmer que ce film n’a que des défauts. Il ne manque certainement pas d’éléments comiques, cependant, ceux-ci ne font pas le poids contre des clichés mal rendus tels que « voici les destin de plusieurs personnages qui vont entrer en collision » ou encore « quel scandale, tout ça arrive dans la même journée », sans oublier une fin à la « je suis ton père ». L’équipe de réalisation se justifie de la mauvaise critique en affirmant qu’il ne s’agit pas d’un film facile par son côté marginal et tragique. Je répondrais que Requiem For A Dream n’était pas non plus un film facile.
Malheureusement, Cheech ne témoigne pas de l’évolution spectaculaire que connais actuellement le cinéma québécois. Il n’y a aucun doute quant au grand potentiel du récit qui fut simplement mal exploité. Le scénariste, François Létourneau, explique qu’il voulait donner une forme linéaire à la version filmique du scénario vu que la configuration casse-tête est déjà très utilisée en cinéma. Un tel énoncé peut paraître irréfléchi pour un film qui semble prendre source dans les déjà-vus. Peut-être aurait-il été plus intéressant de conserver la déconstruction chronologique originale de la pièce de théâtre.