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Nom du blog :
cinephil
Description du blog :
Recueil de textes universitaires sur différents thèmes reliés à l'univers du cinéma.
Catégorie :
Blog Cinéma
Date de création :
16.01.2008
Dernière mise à jour :
22.04.2008
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Cinema Quebecois

Borderline (Québec)

Posté le 13.02.2008 par cinephil
Borderline
Lyne Charlebois
Drame psychologique, 2008, 1h50min.

Par Philippe Beauregard

Kiki est une étudiante sur le point de présenter son mémoire de maîtrise. Tentant de garder la tête haute entre les fantômes de son passé, les problèmes psychologiques de sa mère, les déboires de sa colocataire et la maladie de sa grand-mère qui est sur le seuil, elle a l’impression de perdre le contrôle. Elle court en détresse au bureau de son professeur, atteinte du syndrome de la page blanche. Ce dernier lui suggère d’écrire sur ses sentiments profonds pour s’inspirer. Elle ne peut toutefois s’empêcher d’écrire sur son professeur lui-même, de qui elle est la maîtresse, entraînant ainsi une dégringolade émotive. Un vent de nouveau souffle cependant sur la vie de Kiki lorsqu’entre en scène un attentionné boulanger qui n’a pas peur des « dangers privés » comme elle.

Borderline en soi ne réinvente rien, la trame narrative d’une histoire d’amour qui finit bien, la jeune fille troublée qui fait la paix avec son passé, tout ça c’est du déjà vu. C’est le traitement plastique de ces thèmes et la sensibilité des image qui en font une œuvre exceptionnelle. Film pourrait-on dire lyrique, narré par la voix de Kiki qui se raconte en voix-off et en flash-backs, cherchant et affirmant son identité en tentant de séparer le passé du présent. Ce qui en fait un film très post-moderne - on reconnaît le post-modernisme à cette quête incessante de l’identité - mais aussi très québécois, en ce sens où l’identité nationale québécoise est constamment à la recherche d’elle-même, puisant dans son passé pour affirmer son présent. Et qui dit identité dit identité sexuelle. La vie débauchée de Kiki donne lieu à une esthétique visuelle à couper le souffle, une représentation des corps et de la sexualité qui se veut très chaude sans toutefois provoquer volontairement l’excitation. Et toujours cette cohabitation, à l’intérieur même des plans, du passé et du présent, comme une façon de dire que le passé fait de nous qui nous sommes. Comme une signature, aussi, qui dirait « made in Québec » - on sait que le cinéma québécois, même s’il flirte souvent avec l’américanisme, s’est toujours trouvé à cheval entre le réel et l’imaginaire, le documentaire et la fiction… le présent et le passé. Je me souviens. Enfin, s’il est une chose que Borderline affirme avec tant de beauté, c’est que nous somme tous faibles, en tant qu’être humains, devant le sexe.



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Le fil cassé (Québec)

Posté le 29.01.2008 par cinephil
Le Fil Cassé
Michel Langlois
Documentaire lyrique, 2002, 50min.

Par Philippe Beauregard

Michel Langlois n’aura jamais d’enfants, il à cassé le fil, le fil des générations. Son homosexualité l’en restreint. Partant de ce constat, il se lance dans la quête généalogique de sa famille, à commencer par sa mère. Il raconte sans faire de drame les tristes récits de ses origines qui sont poursuivies par la malchance et la mort ; la fièvre typhoïde, la guerre, la surdité, la mort accidentelle, l’alcoolisme etc. Il se rend jusqu’en France dans sa quête pour faire revivre ses êtres chers, même ceux-là qu’il n’a pas connu mais qui d’une certaine manière, lui semble-t-il, font parti de lui. Dans sa méticuleuse recherche généalogique, il va jusqu'à se considérer lui-même pour évaluer son rôle dans cette famille et faire comprendre les clefs de son identité, notamment de son identité sexuelle. Il en résulte un film qu’il dédie à sa mère pour laquelle il porte un amour pur et inconditionnel.

Le fil cassé et un patchwork généalogique constitué d’images d’archives, de scènes reconstituées et de séquences documentaires. Les prises en couleur s’entremêlent avec celles en noir et blanc et quelques photos de famille. La narration, qu’on devine écrite à la main même de Michel Langlois, est douce et poétique. Son ton est objectif de façon à ne pas rendre plus triste les moments tristes (et il y en à beaucoup) ou plus beaux les moments beaux. Le montage est très dynamique et découpé. Langlois à parfois recours à quelques images fortes pour donner de l’impact à certains événements présentés dans le film. Les quelques images montrant devant une maison une bannière sur laquelle est écrit « danger d’infection » pour reconstituer l’ambiance de l’épidémie de fièvre typhoïde de 1929, sont quelques unes de ces images. On pourrait ranger Le Fil Cassé dans la catégorie de l’essai cinématographique, tendance moderne du cinéma québécois qui désigne des films souvent lyriques et de facture très libre. Dans ce film, Langlois utilise beaucoup des images de trains ; non seulement parce que les trains ont joués un rôle central dans l’histoire de sa famille, mais aussi parce que l’image du train qui avance renvoie à celle de la vie qui suit son cours. Il pose aussi une réflexion sur le caractère unique de l’être humain, notamment dans sa narration lorsqu’il dit, à plus d’une reprise dans le film, que toutes les vies méritent d’être racontées mais que aucune de ces vies n’est vraiment racontable.

Les Brûlés (Québec)

Posté le 29.01.2008 par cinephil
Les Brûlés
Bernard Devlin
Drame, 1959, 1h 54min.

Par Philippe Beauregard

Inspiré d’un roman de Hervé Biron, Les Brûlés raconte l’histoire des hommes partis coloniser les rives du lac Abitibi en 1933. Pleins d’espoirs d’y cultiver leur terre, d’y établir leur foyer et d’y élever leurs familles, ils se rendent vite compte que la colonie n’est pas un camp de vacances et qu’ils devront travailler fort pour concrétiser leurs aspirations. Ils devront faire face à une multitude d’obstacles comme l’hivers, le dur labeur, la mortalité, l’abandon de certain confrères et les conflits interpersonnels. Ces colons devrons apprendre à vivre ensemble et à se serrer les coudes s’ils veulent assurer la survie de leur village. Heureusement, ils auront pour leur colonie un curé brave et honnête qui sera pour eux une lumière dans les temps les plus sombres. Petit à petit, la colonie se peuple et prospère pour bientôt devenir la paroisse de St-Antoine.

Ce film semble faire part de toutes les difficultés de parcours que pouvaient rencontrer ces colonisateurs des régions nordiques du Québec dans les années trente. Il en est une qu’il semble toutefois oublier, en effet, le film ne fait jamais mention de maladies quelconques qui auraient pu survenir. Néanmoins, il s’agit d’une œuvre grandiose du cinéma québécois. La réalisation réussie et le jeu des acteurs presque toujours impeccable font en sorte que les tensions et les affects que Devlin souhaite mettre en scène sont aisément ressentis, d’autant plus que le lien qu’entretient le film avec le réel est très serré, ce qui sert le processus de fictionnalisation. La place importante du clergé à l’époque est démontrée à l’aide du personnage du curé, qui est la personne la plus respectée dans la colonie. Le film porte aussi un discours sur l’acceptation et la coopération, ainsi, c’est le personnage qui arrive comme un cheveu sur la soupe qui aidera le plus au bon fonctionnement de la colonie dans ses débuts. Tourné en noir et blanc, Les Brûlés est construit par séquences épisodiques et chacune de ces séquences se termine par un fondu au noir qui sert d’ellipse temporelle. Ces séquences mêmes ne sont pas très découpées, il y à beaucoup de plans longs. Chaque individu dans la colonie à une personnalité unique et Devlin met en opposition des personnages honnêtes et d’autres qui font figure de mal, d’avarice ou de duperie par exemple. La présence de Félix Leclerc dans la distribution vient ensoleiller cette œuvre de quelques un de ses classiques de la chanson québécoise.

15 février 1839 (Québec)

Posté le 29.01.2008 par cinephil
15 février 1839
Pierre Falardeau
Drame historique, 2001, 1h54min.

Par Philippe Beauregard

Ce film relate de la vie des patriotes incarcérés dans les prisons anglaises au lendemain de l’insurrection de 1838. Huit cent d’entre eux sont enfermés à la prison de Montréal, parmi lesquels une centaine sont condamnés à mort. Le matin du 14 février 1839, Chevalier DeLorimier et Charles Hindeland, deux figures de proue du mouvement patriote au Québec, apprennent qu’ils sont du nombre des condamnés et qu’ils seront pendus le lendemain aux petites heures. Ce film est celui des 24 dernières heures de ces deux personnages et de ceux qui les entourent dans leur unité carcérale, de leurs espoirs et de leurs craintes, de leurs amours et de leurs haines. Ce sont aussi les derniers moments de DeLorimier en compagnie de son épouse. En plus de dresser un portrain général du discours patriotique québécois, 15 février 1839 s’intéresse à représenter les conditions de détention qu’on réservait aux patriotes.

Le tournage de 15 février 1839 avait pour avantage de n’avoir que trois lieux de tournage ; l’intérieur de la prison, qui fut tourné en studio, l’extérieur de la prison, tourné à la citadelle de Québec, et le plan initial d’introduction, tourné à l’extérieur dans une petite reproduction d’un village colonial d’époque. Ce plan est d’ailleurs l’un des plus complexes du film ; il s’agit d’un plan séquence qui nécessitait une coordination extraordinaire puisqu’une vingtaine de figurants uniquement passent et repassent devant la caméra de façon à donner l’impression d’une foule d’une centaine d’actants. Dans un souci de témoigner le plus fidèlement possible des conditions de détention des patriotes, Falardeau est allé jusqu'à tourner en studio les portes ouvertes en plein hivers de manière à obtenir jusqu’à la buée qui s’échappe de la bouche des protagonistes dans le froid de la prison. À l’opposé de la majorité des productions commerciales, 15 février 1839 n’est pas très découpé et progresse dans un rythme lent quoique adapté au thème. Même s’il s’agit d’un film qui relate d’événements historique, Falardeau se défend d’en avoir fait une œuvre moderne et actuelle. Entre autres, pour la place qu’il à donné à certains personnages de nationalités différentes, il propose un discours sur les conditions actuelles de l’immigration au Québec. De cette façon, autant par les propos plus actuels qu’il tient que par les événement historiques auxquels il fait référence, 15 février 1839 est une fiction entretenant un lien étroit avec le documentaire. Falardeau profite aussi de la question de l’insurrection, de la colonisation et de la vie carcérale pour proposer un discours sur la liberté qui, rappelons le, n’est pas une marque de yogourt.

Pour la suite du monde (Québec)

Posté le 29.01.2008 par cinephil
Pour la Suite du Monde
Pierre Perrault & Michel Brault
Documentaire, 1963, 1h 45min.

Par Philippe Beauregard

Pour la suite du monde est un documentaire qui relate de plusieurs aspects importants de la vie humaine sur une petite île du golfe du St-Laurent, l’Île-aux-Coudres. Concentrant principalement la vocation documentaire du film autour de la pêche au marsouin, activité traditionnelle et typique à cette région, les réalisateurs s’intéressent aussi à plusieurs autres aspects qui caractérisent cette île et en font un endroit unique. Ils s’intéressent entre autres à la langue, que l’accent typique rend énergique et éloquente, à la place et à l’importance de la religion catholique et des autres croyances dans les activités de l’île, tels que les cycles de la lune et la présence des âmes, finalement, à la places qu’occupent les jeunes habitants des lieux par rapport aux vieux, à leur rôle dans la perpétuité des traditions locales.

Pour la Suite du Monde est le premier d’une trilogie de Perrault ayant pour but de renouveler l’esprit documentaire au Québec. Ce film est souvent cité comme étant l’un des meilleurs exemples du cinéma direct. C’est un documentaire différent dans le sens qu’il est aussi le résultat de tout un travail de scénarisation et de mise en scène, mais le propos reste toutefois véridique. Le film prend parfois des allures de fiction et il y à même une certaine forme de suspense à savoir qui sont les habitants qui vont coopérer à faire renaître la pêche aux marsouins, ou encore, vont-ils simplement en pêcher un ? La nature de l’activité sur laquelle porte ce documentaire oblige un discours sur la coopération. Certaines séquences sont simplement captées dans la plus pure tradition documentaire, par exemple les séquence de pêche et de ses préparatifs relatifs, d’autres séquences sont provoquées en vue d’obtenir, de la part des résidents de l’île, de l’information en lien à leur coutumes et mythes ancestraux. Le son est généralement synchrone mais la voix d’Alexis Tremblay, pêcheur, vient parfois commenter certaines scènes. La caméra participe aux activités et dialogues qui sont représentés et on reconnaît en Perrault un sens aiguisé de la photographie, qui est toujours impeccable. Le film s’intéresse aussi à la part que jouent les jeunes dans la continuité des activités de l’île et rend cette idée intéressante en montrant des plans dans lesquels on voit des petits bateaux qui en côtoient des grands.

Le Déclin de l'Empire Américain (Québec)

Posté le 21.01.2008 par cinephil
Le Déclin de l’Empire Américain
Denys Arcand
Comédie dramatique, 1h 35min., 1986

Par Philippe Beauregard

Le Déclin de l’Empire Américain met en scène quatre hommes et quatre femmes, tous issus de la faculté d’histoire de l’Université de Montréal, qui se rejoindront pour un souper d’amis dans un chalet sur les rives du lac Memphrémagog. La première partie du film présente ces personnages de manière divisée ; d’un côté, les hommes, dans la cuisine, préparent le repas en se livrant à des conversations transparentes entourant leurs expériences et leurs visions de l’amour et de la sexualité. De leur côté, les femmes, s’entraînant au gym, font de même. Dans la seconde partie, cette bande d’amis (dont certains sont en couple) se retrouvent autour de la table pour un dîner champêtre et les conversations intellectuelles foisonnent. L’ambiance est momentanément brisée par l’arrivée d’un protagoniste inattendu et la révélation d’une relation adultère.

L’un des propos majeurs tenu dans le film est que la recherche obsessive du bonheur personnel par les individus d’une civilisation est souvent le signe précurseur du déclin de celle-ci. Aussi, les personnages présentés démontrent être eux-même à la recherche de leur bonheur personnel le plus souvent via l’amour et la sexualité. La façon dont le film est construit met en opposition de manière intéressante les points de vue masculins et féminins. Autre que l’amour et le sexe, plusieurs thèmes sont aussi abordés ; l’histoire, l’art et la littérature, la drogue, l’âge etc. Il apparaît évident que le réalisateur, Denys Arcand, était lui-même étudiant en histoire. Il s’agit d’un film d’intellectuel dans lequel la qualité et la richesse des dialogues semble prévaloir sur la qualité des caractéristiques techniques plus proprement cinématographiques, ce qui ne veut pas toutefois dire que le film est mal réalisé. Certains plans font preuve d’audace, d’autres sont d’une grande beauté sommes toutes, Arcand démontre une connaissance approfondie et une incontestable maîtrise du langage cinématographique. Par son importante dimension documentariste à l’intérieur de la fiction, Le Déclin de l’Empire Américain répond à l’une des principales récurrences du cinéma québécois qui est celle de marier la fiction au documentaire.

Les Invasions Barbares (Québec)

Posté le 21.01.2008 par cinephil
Les Invasions Barbares
Denys Arcand
Comédie dramatique, 1h52 min., 2002

Par Philippe Beauregard

Le Déclin de l’Empire Américain, 15 ans plus tard. Rémy, maintenant divorcé depuis longtemps, est atteint d’un grave cancer et repose à l’hôpital dans l’attente de son éventuel trépas. Son ex-femme, Louise, tente de faire revenir à Montréal son fils et sa fille pour qu’ils puissent passer leurs derniers moments en compagnie de leur père. La fille, qui est en voilier sur l’océan pacifique se voit dans l’impossibilité de répondre à la demande alors que le fils, qui est devenu un important homme d’affaires londonien, accepte de faire le voyage en compagnie de sa femme. Malgré le fait qu’ils semblent ne plus rien avoir à se dire depuis des années, le fils (Sébastien) fera des pieds et des mains en ayant recours à son inépuisable ressource capitale et sa longue liste de contacts internationaux pour que la mort de son père soit la plus douce possible. Constatant que le moment fatal approche à grands pas, il rassemble au chevet de son père ses amitiés les plus signifiantes.

Proposant une forme plus proche de la fiction traditionnelle que celle du « Déclin », Les Invasions Barbares pose un regard critique sur la société québécoise moderne à l’heure de la mondialisation. Les thèmes abordés sont plus nombreux et bien-sûr plus actuels. Arcand suggère des réflexions d’abord sur la mort et la maladie, mais aussi sur les système de santé et les systèmes administratifs, les syndicats, les médias, la drogue, la chute de la religion, la technologie, l’économie, l’ère planétaire, la guerre et, inévitablement, les « attentats » du 11 septembre 2001, en posant sur le tout un regard historique. Le personnage de Sébastien rappelle constamment qu’en cette époque, l’argent achète tout. Ces réflexions ne passent plus que principalement par les dialogues, comme c’était le cas dans « Le Déclin ». Certains plans sont à eux-seuls d’une grande éloquence. Quelques scènes rappèlent étrangement celles du « Déclin », je pense aux réunions d’amis (qui sont les mêmes personnages interprétés par les mêmes acteurs), au souper final dans le chalet des Cantons de l’Est, à la leçon de piano etc. Cependant, dans Les Invasions Barbares, Arcand sectionne en segments significatifs les unités thématiques du film à l’aide du fondu au noir. Fortement récompensé et à raison, Les Invasions Barbares est le film qui s’impose comme témoin de la civilisation québécoise du 21ème siècle, à l’heure du déclin du grand empire américain, déclin confirmé par le début des grandes invasions barbares, au cœur même de l’empire.

Night Cap (Québec)

Posté le 21.01.2008 par cinephil
Night Cap
André Forcier
Drame, 1974, 36 min

Par Philippe Beauregard

Night Cap raconte le récit de sordides retrouvailles de salon funéraire. La veille de noël, un homme marié, père de deux enfants, meurt d’un arrêt cardiaque dans les toilettes d’une taverne. Cette mortalité inattendue vient assombrir l’ambiance des réjouissances du temps des fêtes. Le soir des funérailles, toute une gamme de personnages marginaux, famille et autres, viennent offrir leurs condoléances à la famille proche. Au cours de cette soirée, le fils, qui semble être le personnage central, fait la rencontre d'une ancienne amie qui vit maintenant de divers larcins. À la fin de la veillée, ils se dirigent ensemble au motel Night Cap. Si la trame narrative laisse présager qu’ils vont passer une nuit bien chaude, lui se chargera plutôt de refroidir femme.

Night Cap est un moyen métrage, en ce sens qu’il ne dure qu’une quarantaine de minutes. On a en ce sens affaire à un réalisateur qui ne se laisse pas cadrer par des règles de standardisation, comme quoi un film ça doit durer au moins une heure etc. Il faut dire aussi qu’il s’agit seulement du deuxième film de ce réalisateur, après Le Retour de l’Immaculé Conception et que, pour cette raison, Forcier à dû bénéficier d’un budget restreint. À cet égard, Night Cap est tourné en 16mm et la qualité de la photographie, avec ses couleurs un peu sombres et désaturées, ressemble à celle de la majorité des films tournés en cette époque. Le film présente une famille et un entourage marginal et chaque personnage sort du commun à sa manière propre, un frère voleur incarcéré, une tante à la Jojo Savard, une amie pernicieuse… Chacun apporte sa touche d’humour noir faisant en sorte que malgré la situation tendue, on rit de bon cœur. Le film semble aussi porter une dimension critique. Chaque plan semble investi de bière, de cigarette, de coca ou de produits pharmaceutiques, rappelant en quelque sorte combien les hommes comblent leur malheur de bonbon de toutes sortes sans se soucier des effets néfastes sur leur santé et leur corps. Il faut dire qu’à l’époque la médecine n’était pas là où elle en est aujourd’hui et les gens faisaient moins attention. Le film se termine sur une chute tout à fait inattendue qui coupe le souffle au spectateur autant qu’à l’ancienne amie malicieuse.

Trois pommes à côté du sommeil (Québec)

Posté le 21.01.2008 par cinephil
Trois Pommes à Côté du Sommeil
Jacques Leduc
Drame philosophique, 1989, 1h 38min.

Par Philippe Beauregard

Un érudit intellectuel à la veille de fêter ses quarante ans passe en revue les souvenirs des trois femmes avec qui il à eu des relations amoureuses significatives au cours de sa vie. Plus sa fête approche plus il se perd dans ses rêveries, revoit ses bons coups et ses erreurs. Par une étrange coïncidence, il croise, avant sa fête, ces trois femmes et dans le jour actuel de leur rencontre, il prend conscience du rôle que chacune d’elle a tenue dans sa vie. Il se rend compte aussi que ces femmes vivent dans son passé et qu’il serait inutile pour lui de penser à reprendre une relation avec l’une ou l’autre de ces femmes. Il se questionne sur sa vieillesse, sur le sens de sa vie et appréhende son avenir. Heureusement, il est entouré d’amis avec qui il peut partager ses réflexions et passer quelques moments de bonheur.

Dans sa forme et son propos, Trois Pommes à Côté du Sommeil rappelle étrangement Le Déclin de l’Empire Américain de Denys Arcand, réalisé trois ans plus tôt. Si les réflexions proposées sont plus d’ordre philosophique que politique, comme c’est le cas chez Arcand, les dialogues jouissent d’une richesse comparable. Il s’agit néanmoins d’un film qui entretient un lien étroit avec la réalité en ce qu’il ne présente rien de trop imaginaire ou de fantastique, quoique quelques scènes qui émanent de l’univers onirique du personnage principal prennent sens de manière plus métaphorique, ainsi, chacune des pommes auxquelles le titre fait référence représente un de ces femmes qu’il à aimé. Le travail de la narration est intéressant en ce qu’il est très poétique et la présence de Hubert Reeves dans le casting donne beaucoup plus de crédibilité au personnage de Hubert, philosophe dans l’âme et bon vivant, ami privilégié du protagoniste principal. En cette période post référendaire, Trois Pommes à Côté du Sommeil porte évidemment un épais discours nationaliste qui se camoufle toutefois bien dans le contexte du film. On a affaire à un personnage nostalgique, vivant dans l’échec, qui regarde dans le passé et se dit sans cesse « je me souviens ». D’autres personnages lui rappèlent qu’il est temps de couper court les nostalgies et de regarder en avant. Aussi, la dimension sonore du film a été travaillé en collage et le résultat est très impressionnant.

La vie heurese de Léopold Z (Québec)

Posté le 21.01.2008 par cinephil
La Vie Heureuse de Léopold Z
Gilles Carle
Comédie, 1965, 1h 8min.

Par Philippe Beauregard

La Vie Heureuse de Léopold Z prend lieu à Montréal, un 24 décembre 1965. En ce jour de tempête de neige, Léo Tremblay, ouvrier des services de déneigement plein de bonté et de simplicité, parcourre la ville pour remplir les fonctions et les obligations propres à son travail et à sa famille. Léo fait des pieds et des mains pour arriver à temps à la chorale de son fils qui chante à la messe de minuit et pour offrir à sa femme le cadeau qu’elle mérite et cela malgré les caprices de son patron et d’une cousine en visite à Montréal. Ces imprévus donnent lieu à toute une gamme d’aventures cocasses. En bout de ligne tout rentre dans l’ordre et l’heureux personnage de Léopold se mérite bien son happy ending.

Premier long métrage de Gilles Carle, La Vie Heureuse de Léopold Z témoigne de plusieurs aspects de la réalité québécoise, mais plus particulièrement de la réalité Montréalaise. Dans une perspective engagée plus enthousiaste que dramatique, le film pose un regard objectif sur cette réalité, y allant de références architecturales, culturelles, linguistiques, écologiques et religieuse. On se souviens du moment où Léopold désigne la Place Ville-Marie comme étant un édifice cruciforme, c’est à dire, dit-il, en forme de crucifix. La référence de l’emprise de la religion sur les paradigmes du personnage est ici évidente. C’est aussi un film qui remet en cause la société capitaliste nord américaine qui profite de l’innocence des simples d’esprit comme Léo, qui se fait naïvement rouler dans plusieurs sphères de sa vie. Léo est heureux malgré tout, il est comme la bonne semence qui pousse dans un milieu malsain. La tempête de neige qui sévit désigne aussi la tempête du quotidien de ce curieux personnage. La mise en scène est sobre et témoigne d’une écriture personnelle du réalisateur. La démarche artistique est en elle même culottée puisqu’il s’agit d’un détournement de projet ; à partir d’un budget accordé par l’ONF pour réaliser un documentaire sur le déneigement des rues de la ville de Montréal, Gilles Carle réalise cette fiction simple et efficace, qui démontre une sensibilité des détails au tournage.
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