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Réjeanne Padovani (Québec)

Réjeanne Padovani (Québec)

Posté le 17.01.2008 par cinephil
Réjeanne Padovani
Denys Arcand
Drame, 1973, 1h 34min.

Par Philippe Beauregard

Au cours d’une soirée festive rassemblant les principaux protagonistes de la construction d’une autoroute dont l’inauguration à lieu le lendemain, le riche dirigeant du projet, un sournois mafioso, apprend que son ex-femme est en ville. Après que celle-ci (Réjeanne Padovani) s’était enfuie avec son amant, on lui avait strictement interdit de se faire voir en ville, sans quoi les conséquences seraient graves. Cette petite soirée privée où quelques politiciens sans scrupule s’échangent des remarques hypocrites autour d’un repas gargantuesque change soudainement d’ambiance alors que l’ordre est, peut-on dire donné, d’abattre Réjeanne. Ailleurs dans la ville, des militants préparent une manifestation pour protester contre les expropriations massives qu’ont nécessité la construction de ce tronçon. L’inauguration prend une allure toute différente de celle escomptée, voire macabre.

Réjeanne Padovani, réalisé dans une démarche très proche de celle du film noir, pose un regard critique sur plusieurs aspects de la société et de la vie politique. Les personnages évoluent dans un univers où la magouille à le pouvoir sur la politique, les affaires, les médias, même sur le sexe et les relations interpersonnelles. Arcand s’attaque à la classe dirigeante et à la corruption qui l’affecte de manière on ne peut moins subtile. L’intrigue principale, celle qui tourne autour de l’histoire de Réjeanne réapparaissant à Montréal, se présente finalement comme étant d’importance secondaire, servant plutôt de vase au propos du film. La photographie, certes datée, n’est pas des plus extraordinaires et si l’éclairage et les couleurs fades et sombres servent le propos du film, le travail de l’espace manque d’originalité. On ne peut cependant rien reprocher à Arcand quant à l’impeccabilité de ses dialogues et on reconnaît déjà en lui, à cet époque, les grandes qualités de scénaristes auxquelles il est aujourd’hui associé. Le propos engagé du film en fait un parfait exemple du cinéma des années 70, le film à cependant bien vieilli, si ce n’est de la qualité de la photographie, et les générations d’aujourd’hui peuvent toujours s’identifier à ce discours qui reste actuel. Le plan final est d’une éloquence sans égale, on y voit le coin d’autoroute dans lequel on devine le corps de Réjeanne enterré dans le béton avec, en arrière plan, l’édifice de la bourse de Montréal. Ce plan semble dire que l’économie est gérée par la magouille et le meurtre.


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