Publié le 21/01/2008 à 12:00 par cinephil
Trois Pommes à Côté du Sommeil
Jacques Leduc
Drame philosophique, 1989, 1h 38min.
Par Philippe Beauregard
Un érudit intellectuel à la veille de fêter ses quarante ans passe en revue les souvenirs des trois femmes avec qui il à eu des relations amoureuses significatives au cours de sa vie. Plus sa fête approche plus il se perd dans ses rêveries, revoit ses bons coups et ses erreurs. Par une étrange coïncidence, il croise, avant sa fête, ces trois femmes et dans le jour actuel de leur rencontre, il prend conscience du rôle que chacune d’elle a tenue dans sa vie. Il se rend compte aussi que ces femmes vivent dans son passé et qu’il serait inutile pour lui de penser à reprendre une relation avec l’une ou l’autre de ces femmes. Il se questionne sur sa vieillesse, sur le sens de sa vie et appréhende son avenir. Heureusement, il est entouré d’amis avec qui il peut partager ses réflexions et passer quelques moments de bonheur.
Dans sa forme et son propos, Trois Pommes à Côté du Sommeil rappelle étrangement Le Déclin de l’Empire Américain de Denys Arcand, réalisé trois ans plus tôt. Si les réflexions proposées sont plus d’ordre philosophique que politique, comme c’est le cas chez Arcand, les dialogues jouissent d’une richesse comparable. Il s’agit néanmoins d’un film qui entretient un lien étroit avec la réalité en ce qu’il ne présente rien de trop imaginaire ou de fantastique, quoique quelques scènes qui émanent de l’univers onirique du personnage principal prennent sens de manière plus métaphorique, ainsi, chacune des pommes auxquelles le titre fait référence représente un de ces femmes qu’il à aimé. Le travail de la narration est intéressant en ce qu’il est très poétique et la présence de Hubert Reeves dans le casting donne beaucoup plus de crédibilité au personnage de Hubert, philosophe dans l’âme et bon vivant, ami privilégié du protagoniste principal. En cette période post référendaire, Trois Pommes à Côté du Sommeil porte évidemment un épais discours nationaliste qui se camoufle toutefois bien dans le contexte du film. On a affaire à un personnage nostalgique, vivant dans l’échec, qui regarde dans le passé et se dit sans cesse « je me souviens ». D’autres personnages lui rappèlent qu’il est temps de couper court les nostalgies et de regarder en avant. Aussi, la dimension sonore du film a été travaillé en collage et le résultat est très impressionnant.
Publié le 21/01/2008 à 12:00 par cinephil
La Vie Heureuse de Léopold Z
Gilles Carle
Comédie, 1965, 1h 8min.
Par Philippe Beauregard
La Vie Heureuse de Léopold Z prend lieu à Montréal, un 24 décembre 1965. En ce jour de tempête de neige, Léo Tremblay, ouvrier des services de déneigement plein de bonté et de simplicité, parcourre la ville pour remplir les fonctions et les obligations propres à son travail et à sa famille. Léo fait des pieds et des mains pour arriver à temps à la chorale de son fils qui chante à la messe de minuit et pour offrir à sa femme le cadeau qu’elle mérite et cela malgré les caprices de son patron et d’une cousine en visite à Montréal. Ces imprévus donnent lieu à toute une gamme d’aventures cocasses. En bout de ligne tout rentre dans l’ordre et l’heureux personnage de Léopold se mérite bien son happy ending.
Premier long métrage de Gilles Carle, La Vie Heureuse de Léopold Z témoigne de plusieurs aspects de la réalité québécoise, mais plus particulièrement de la réalité Montréalaise. Dans une perspective engagée plus enthousiaste que dramatique, le film pose un regard objectif sur cette réalité, y allant de références architecturales, culturelles, linguistiques, écologiques et religieuse. On se souviens du moment où Léopold désigne la Place Ville-Marie comme étant un édifice cruciforme, c’est à dire, dit-il, en forme de crucifix. La référence de l’emprise de la religion sur les paradigmes du personnage est ici évidente. C’est aussi un film qui remet en cause la société capitaliste nord américaine qui profite de l’innocence des simples d’esprit comme Léo, qui se fait naïvement rouler dans plusieurs sphères de sa vie. Léo est heureux malgré tout, il est comme la bonne semence qui pousse dans un milieu malsain. La tempête de neige qui sévit désigne aussi la tempête du quotidien de ce curieux personnage. La mise en scène est sobre et témoigne d’une écriture personnelle du réalisateur. La démarche artistique est en elle même culottée puisqu’il s’agit d’un détournement de projet ; à partir d’un budget accordé par l’ONF pour réaliser un documentaire sur le déneigement des rues de la ville de Montréal, Gilles Carle réalise cette fiction simple et efficace, qui démontre une sensibilité des détails au tournage.
Publié le 19/01/2008 à 12:00 par cinephil
Les Ordres
Michel Brault
Drame historique, 1974, 1h 47min.
Les Ordres relate l’histoire de quelques prisonniers politiques arrêtés sans motif et sans mandat à Montréal pendant les événements d’octobre 1970 et détenus, quelques uns pendant plusieurs semaines, pour le simple fait d’être soupçonnées d’avoir quelque contact que ce soit avec l’association terroriste du FLQ. Basé sur des récits de véritables ex-détenus de la crise d’octobre, ce film montre en alternance les témoignages filmés de ces individus et des reconstitutions fictionnelles de ces témoignages. On y vois les tortures mentales et émotionnelles qu’infligeait la police et les gardiens de prison aux innocents détenus, sous prétexte qu’ils obéissaient aux ordres. Ces détenus seront finalement relâchés sans même jamais être informés de la cause de leur arrestation et de leur incarcération.
Les Ordres est un événement historique en ce qu’il est le porte paroles d’agitations qui sont survenus non seulement au Québec, mais partout dans le monde. Après mai 68, des mouvements de contestations prennent forme partout autour du globe. Au Québec, ce sera la crise d’octobre. Plusieurs cinéastes autour du monde brandissent leur caméra et s’en servent de manière à faire valoir des idéaux de libération. Les Ordres est un de ces films et il s’inscrit à merveille dans ce contexte sociopolitique des années 70. Le fait que le pouvoir politique tant critiqué dans ce film ne soit jamais mentionné le rend d’autant plus international, c’est ainsi un film qui parle pour tous les prisonniers politiques du monde. C’est aussi un film qui propose une forme intéressante dans laquelle se côtoient documentaire et fiction « vérité ». La photographie magnifique est à la hauteur du talent qu’on reconnaît à Brault. Les images sont parfois en noir et blanc, parfois en couleur, selon les lieux et l’ambiance souhaitée. Au lieu de soutenir une ambiance mélodramatique à l’aide d’une musique mélancolique, Brault opte plutôt pour l’absence de musique, tout au long du film, ce qui donne une certaine pesanteur au propos sans forcer l’émotion. Les victimes de ces événement sont innocentes. Du moins, pas aux yeux du pouvoir en place. Ils sont en fait coupables du crime de tous vouloir modifier les conditions de vie du petit peuple (l’une est assistante sociale, l’autre est syndicaliste etc.). D’ailleurs, ce n’est probablement pas par erreur si c’est à leur porte à eux que débarque la police…
Publié le 19/01/2008 à 12:00 par cinephil
Mourir à Tue Tête
Anne Claire Poirier
Drame, 1979, 1h 35min.
Par Philippe Beauregard
Mourir à Tue Tête raconte l’histoire d’une réalisatrice et de son projet filmique, un document pour ainsi dire provoquant qui souhaite dire la vérité, crue et sans détours, sur la réalité du viol, le viol d’une femme. On y vois à la fois la réalisatrice, Anne Claire Poirier qui s’est mise en scène elle-même, et son assistante, toutes deux assises à la salle de montage, commentant les segments de film qui sont aussi donnés à voir au spectateur. Ce film est celui d’une femme qui, rentrant chez elle, se fait enlever et séquestrer dans un fourgonnette pour se faire brutalement violer par un homme qui est sans respect envers le sexe féminin. C’est aussi les longs mois qui suivent ce viol, durant lesquels cette femme se sent transformée en son intérieur, incapable d’aimer à nouveau. Finalement, le tout est parsemé de capsules informatives sur l’excision et le viol des femmes par les soldats pendant les guerres.
Mourir à Tue Tête est un film ostensiblement féministe et si le discours qui y est tenu sur le viol est à la fois vrai et même plutôt troublant, on lui reprochera par contre de mettre la femme dans une position de victime universelle à l’aide d’un propos peut-être un peu trop alarmiste. Par exemple, lorsqu’une protagoniste affirme qu’aucun homme ne sait ce que c’est de se faire violer, n’importe qui aurait raison de s’insurger contre une telle affirmation. On ne peut toutefois pas enlever à Anne Claire Poirier qu’elle fut une des pionnières du cinéma militant féminin au Québec et c’est déjà un fait remarquable pour une femme de faire du cinéma dans les années 70. Le viol qu’elle présente dans son film est certes l’un des plus ignobles mais elle ne manque pas de rappeler que le viol a plusieurs facettes, de l’inceste jusqu’à l’excision ; pratique qui consiste à arracher à la femme son droit au plaisir sexuel. Le film questionne aussi le rôle de la justice face au viol. La scène du viol est majoritairement montrée en point de vue subjectif, de façon à faire ressentir au spectateur ce que c’est d’être violé. On a souvent dit de l’œuvre de Anne Claire Poirier qu’elle était marquée d’une violence graphique. Dans le cas de Mourir à Tue Tête, celle-ci explique que c’est le sujet qui est violent, non le film, le sujet impose la violence du propos. Le traitement filmique se situe à cheval entre la fiction et le documentaire, il est en fait monté à la manière d’un patchwork. La trame fictive, qui en fait l’est plus ou moins, est celle de la réalisatrice travaillant son projet de documentaire sur le viol. Le reste est un amas de scènes à caractère informatif et/ou subjectif provenant de sources féminines. Le seul personnage masculin du film, celui qui est l’amoureux de la femme violée, sert à montrer qu’un viol détruit aussi une vie de couple.
Publié le 19/01/2008 à 12:00 par cinephil
Gaz Bar Blues
Louis Bélanger
Comédie dramatique, 1h 55min., 2003
Par Philippe Beauregard
Mr. Brochu, surnommé « boss », fait tout en son possible pour faire fonctionner du mieux qu’il peut son entreprise et son gagne pain familial, une petite station service située dans un quartier ouvrier de la région de Québec. Il surmonte avec force et sagesse les différents obstacles qui se dressent sur son chemin ; les hold-ups à répétition, les clients malhonnêtes, la compétition, la maladie du parkinson et sa relation parfois tendue avec ses fils qui aspirent à autre chose que de passer leur vie à exercer le métier de pompiste. L’un voudrait être photographe, l’autre musicien. Heureusement, quelques bon vivants du quartier se rassemblent tout les jours autour de la station pour s’échanger quelques anecdotes et rire autour d’une bière. Leur bonne volonté aide à assurer la stabilité de l’entreprise. L’action se passe en 1989 alors que l’Allemagne est bouleversée par la chute du mur de Berlin et du régime socialiste à l’est de celui-ci.
Gaz Bar Blues est le film témoin de ces entreprises familiales qu’on retrouve un peu partout au Québec et en Amérique, qui refusent de se moderniser malgré la compétition et la mondialisation. Le père de Louis Bélanger était lui même propriétaire d’une station service de ce type dans le quartier Limoilou, à Québec. C’est évidemment de là que lui est venue l’inspiration d’un tel film. L’idée que l’action se déroule en 1989 n’est pas non plus gratuite. Bélanger utilise l’image de la chute du mur de Berlin pour proposer une comparaison entre les berlinois de l’est, qui souhaitaient continuer leur vie telle qu’ils la connaissaient et résister à l’invasion du capitalisme après la chute, et ces commerces précaires qui survivent à la mondialisation en restant fidèles à leurs méthodes anciennes malgré la dure compétition. Un des thèmes aussi abordés est celui de la confiance via des figures de bons ou de mauvais amis, de bons ou mauvais employé etc. Le professionnalisme du tournage est un excellent support aux affects qui sont en jeu au cours du film. Je pense au moment où le nouvel employé de Brochu vole de l’argent sur le comptoir ; le choix de tourner cette scène en suivant le protagoniste en question, caméra à l’épaule, avec un léger plongé, donne d’emblée le sentiment qu’on devrait surveiller ce personnage et le spectateur devine instinctivement qu’on ne peut lui faire confiance. Gaz Bar Blues est un film qu’on reçoit avec une certaine tendresse en tant que nord américain, puisqu’on à tous l’impression d’avoir déjà connu un Mr Brochu tenant un commerce amical et « broche à foin ». Cette réalité fait tout simplement parti de notre imaginaire collectif.
Publié le 19/01/2008 à 12:00 par cinephil
Bûcherons de la Manouane
Arthur Lamothe
Documentaire, 1962, 28 min.
Par Philippe Beauregard
Bûcherons de la Manouane est un documentaire sur les fils de cultivateurs peu nantis qui partaient passer l’hivers dans des camps pour couper du bois au nord du Québec, le long de la rivière Manouane. Il relate les conditions difficiles que ces hommes devaient affronter pour gagner un peu d’argent pour passer l’été. Leurs conditions de travail étaient dangereuses, ils devaient affronter les froids nordiques et la neige profondes. La nourriture était limitée et les bûcherons n’étaient pas assurés contre toutes les maladies, en plus d’être très modestement payés. En bas de la rivière, ce sont les grands moulins, notamment ceux de Trois-Rivières, qui achètent ce bois pour alimenter l’une des plus importantes industrie du papier au monde à l’époque, celle du Québec.
Bûcherons de la Manouane est réalisé dans une esthétique proprement documentaire. Plutôt que de recueillir des témoignages filmés, Lamothe se contente de filmer les événements, caméra à l’épaule. De très belles images en noir et blanc, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Une narration explicative est ajoutée en voix off. La bande son est aussi recréée et n’est pas toujours fidèle aux images à l’écran, ce qui donne un aspect plus poétique au film. Les quelques morceaux de musique qui tapissent sporadiquement ce film son des pièces composées et interprétées par des bûcherons. D’ailleurs, leur mode de vie est explicitement dévoilé dans les paroles de ces chansons. Lamothe consacre une partie de son documentaire aux amérindiens qui vivent près des camps. Il emmène ainsi une réflexion sur la place qu’on les amérindiens dans la société de l’époque, alors qu’ils sont encore désignés comme étant des sauvages. C’est un regard humain que pose Lamothe autant sur les bûcherons que sur les « sauvages ». Certaines séquences évoquent une mise en scène. Lamothe défend d’ailleurs l’idée qu’un documentaire ne peut se passer de mise en scène car la mise en scène permet de mieux réfléchir et interpréter la réalité.
Publié le 19/01/2008 à 12:00 par cinephil
Le Bonhomme
Pierre Maheu
Film vérité, 1972, 59min.
Par Philippe Beauregard
Le Bonhomme est un film difficilement classable qui montre les récits véritables d’un vieux couple de St-Henri, quartier pauvre de Montréal. Elle, Yollande, grasse et frustrée, passe le plus clair de son temps à insulter son mari et à lui rappeler que leur mariage est un échec. Elle est fumeuse, alcoolique et visiblement malheureuse. Lui, Claude, calme et respectueux de sa personne, aspire à une vie nouvelle. Une vie qui respire l’air de la campagne et la fraîcheur de la jeunesse. Pendant une de leurs engueulades coutumières, il lui annonce qu’il la quitte et invite ses enfants à le suivre si bon leur semble. Il s’installe à la campagne dans une commune avec une bande de simple d’esprits et s’éprend pour une jeune femme taciturne. Sur sa moto, il retrouve le bonheur. Le Bonhomme montre la renaissance de cet homme.
C’est sans doute la véracité des faits montrés dans ce film qui le rend parfois insoutenable tant la tension est élevée dans les scènes d’engueulades familiale. Cependant, Maheu a fait le choix judicieux de choisir le montage alterné ce qui lui permet de mettre ces scènes en opposition avec les moment fantasmatiques que Claude passe en campagne. De cette façon, il casse la tension quand elle est trop forte et laisse un répit au spectateur avant de replonger le couteau dans la plaie. Le tout est présenté dans une stylistique tout à fait éclatée. Le montage, chaotique, est un véritable collage et inclus parfois des photographies et des segments de films disparates. La thématique religieuse occupe aussi une place importance. Le film débute sur des images de baptêmes et des paroles bibliques affirmant que à tout moment dans sa vie, un être humain peut renaître. Claude en effet, en changeant de vie, en quittant sa femme pour retrouver son bonheur et sa jeunesse, vit une renaissance. On voit très peu les enfants dans le film, mais on sait qu’il y en à dix. On voit surtout deux des adolescentes, l’une semble équilibrée et explique qu’elle ne sais pas qui de son père ou de sa mère à raison, l’autre dégage plutôt une sorte de promiscuité. Ce film montre de façon assez dure et crue la réalité de plusieurs familles pauvres de Montréal. Il s’agit surtout d’un documentaire mais ce qu’on y vois est parfois si insupportable qu’on voudrait croire que c’est une fiction.
Publié le 19/01/2008 à 12:00 par cinephil
Roger Toupin Épicier Variété
Benoît Pilon
Documentaire, 2003, 1h 35 min.
Par Philippe Beauregard
Tourné sur une longue période de temps, ce documentaire présente les chroniques du quotidien de Roger Toupin, un homme âgé propriétaire d’une curieuse petite épicerie de quartier. Hérité de son père, ce petit commerce ayant déjà connu une époque prospère ne dispose plus sur ces tablettes que de quelques produits éparses. Des vieilles gens du quartier viennent y prendre un café et casser la croûte et l’endroit prend parfois l’allure d’un petit club social. Chacun de ces individus porte avec lui un bagage de valeurs qui sont issues d’une époque révolue, ils sont le cercle d’ami de Roger, qui leur fait à manger pour pas cher. De temps à autre ils sortent leurs instruments, violons, accordéons et autres et on croirait assister à une fête dominicale des premiers colonisateurs. Cependant, le temps fait les choses et le jour vient où Roger doit déménager et fermer son épicerie.
Ce film, gagnant de plusieurs prix du meilleur documentaire en 2004, fait penser à une variante documentaire du film Gaz Bar Blues. Il est le témoin d’un commerce local comme il en reste très peu de nos jours car ils sont tous envahis par les grandes chaînes commerciales. Ce qui est plaisant, c’est que Pilon, plutôt que de blâmer ces modernes magasins grandes surface à coups de brique et de fanal, préfère tout simplement faire l’apologie d’un petit commercent local. Le discours engagé est, en ce sens, indirect. Roger Toupin est un homme plein de cœur et de bonne foi et on ne peut s’empêcher de l’affectionner à la vue de ce film. On ne peut que se sentir mal lorsque l’appréhendé arrive, malgré tout, Toupin reste fier et garde la tête haute. Pilon était lui- même un client habitué de ce petit commerce, c’est donc avec une sensibilité propre à quelqu’un qui connaît la place qu’il tourne son film. L’une des qualités de la réalisation est la modestie de la composition de l’image, qui est pourtant toujours riche et émotive. Les couleurs, nombreuses et tendrement saturées, sont à l’image du petit monde de Roger qui reçoit chaque jours dans son commerce toutes sorte de petites gens aussi colorés que son épicerie. On reprochera toutefois à la bande son d’avoir été négligée, du moins, d’en donner l’impression.
Publié le 17/01/2008 à 12:00 par cinephil
Quiconque Meurt, Meurt à Douleur
Robert Morin
Drame, 1h30min., 1997
Par Philippe Beauregard
Un chaotique revirement de situation survient lorsqu’une descente policière dans une piquerie du quartier Hochelaga/Maisonneuve tourne au profit des assiégés. S’en prenant à une bande de junkies plus lucides et surtout plus armés qu’ils ne l’auraient cru, les policiers de l’escouade des narcotiques se voient dans l’obligation de battre en retraite. Deux de leurs confrères, blessés, sont ligotés et gardés en otage par les toxicomanes, ainsi que le caméraman d’une émission de réalité policière qui accompagnait les agents de l’ordre. Le siège dure de longues heures et l’unité tactique tente vainement de négocier la reprise des otages. À l’intérieur, un toxico surnommé « Yellow » prend en charge le caméraman et l’oblige à filmer ce qui se passe dans la piquerie. Le film est en fait présenté comme étant la version brute de cette vidéocassette.
L’aspect le plus intéressant de ce film est qu’il soit présenté comme un documentaire, il s’agit en fait d’une sorte de documentaire fictif. Le tout est tourné en vidéo avec les types d’engins utilisés à la télévision, la qualité du rendu n’est donc pas celui de la pellicule mais rend l’aspect documentaire plus crédible. De plus, tout est tourné caméra à l’épaule. Le spectateur se retrouve donc piégé à l’intérieur de cette piquerie siégée, plongé dans l’univers de la cocaïne et de l’héroïne dans sa consommation la plus abusive. En plus d’être une réflexion sur le documentaire télévisé, Quiconque Meurt, Meurt à Douleur révèle rapidement un important aspect critique. Le fait d’avoir la caméra de leurs côté de la ligne, pour une fois, permet aux toxicomanes d’exposer leurs points de vue sur des sujets divers tels que la démocratie, la répression policière, leur désir de liberté, la démagogie médiatique, etc., ce qui suscite la confrontation puisque le policier ligoté à aussi son mot à dire. Le résultat est un intéressant débat entre extrême droite et extrême gauche. Les toxicos méprisent les policiers et le caméraman qui se défendent en utilisant l’argument universel ; « je fais seulement mon travail ». Le film se termine sur une note plutôt tragique quand éclate la fusillade. Le générique défile sur la nouvelle télévisée commentant l’événement, présentée entre autres faits divers bidons. Le réalisateur propose ainsi une réflexion sur l’intérêt que nous portons à ces être humains présentés au buffet informatif du soir sur nos chaînes favorites.
Publié le 17/01/2008 à 12:00 par cinephil
Mon Oncle Antoine
Claude Jutras
Drame, 1971, 1h 50min.
Par Philippe Beauregard
Ce film reconstitue l’ambiance qui pouvait régner dans les villages miniers du Québec dans les années 40. L’action à lieu la veille ne noël, seul jour de l’année où la mine ferme ses portes et où les villageois ouvriers oublient leur misère et prennent le temps de s’amuser. Benoît, jeune homme de quinze ans, travaille au magasin général du village. Il apprend en observant les « grands » et commence à découvrir les joies et les peines de la vie d’adulte. L’ambiance festive se trouve quelque peu brisée lorsqu’un jeune atteint de fièvre meurt dans un village avoisinant. Benoît se propose d’accompagner son oncle Antoine dans l’expédition pour aller chercher le corps du jeune. Le père de ce défunt est parti tenter de mieux gagner sa vie à la ville et la mère est seule avec la charge de ses autres enfants et de cet inattendu trépas. L’alcoolisme de l’oncle Antoine emmènera des complications sur le chemin du retour.
Mon Oncle Antoine, qui a été nommé meilleur film canadien au festival international du film de Toronto en 1984, est encore aujourd’hui considéré comme l’une des meilleures réalisations du cinéma québécois. Réalisé dans une époque ou les longs métrages tournées au Québec recevaient en général peu de reconnaissance, ce qui donnait du fil à retordre à la production québécoise, ce film à aussi donné de l’espoir au cinéma québécois. Jutras pose un regard critique sur la nature des relations entre francophones et anglophones à l’époque ; la majorité des personnages sont des ouvriers canadiens français alors que les protagonistes anglophones sont les patrons et les contremaîtres de la mine. De manière plus générale, plusieurs clin d’œils sont adressés à la société de consommation, souvent en lien avec la religion catholique. Je pense au patron de la mine, dans son chariot lugubre, distribuant ses « bèbèles », donnant une image plutôt sombre du père noël. Où encore à la crèche dans la vitrine du magasin général, qui rappèle le passage de la bible où les vendeurs sont installés dans le temple. D’ailleurs Jutras s’acharne à démontrer l’omniprésence de l’église en cette époque, et de son ennemi pernicieux qui est tout aussi présent, sinon plus, le diable en bouteille, l’alcool, qui sera d’ailleurs la cause du grand nœud dramatique de ce film. Et puisque les québécois aiment à se souvenir des histoires qui finissent mal, ce nœud restera noué, c’est du moins l’impression qui s’en dégage car si la fin du film est plutôt ambiguë, une chose est certaine, il ne s’agit pas d’un happy end.